Un supplément d’âme pour Noël

Père Luc de Ravel  Paroisses de St Louis de Vincennes et ND de St Mandé Communauté du Chemin Neuf

 

Les guirlandes commencent à illuminer nos rues et nos balcons,

les sapins se vendent comme des petits pains, et les enfants ont des activités toutes trouvées pour exercer leur motricité fine !

Vive Noël !

Même si cela bouscule notre envie de ne faire que le nécessaire, ce qui, il est vrai, est déjà beaucoup, tandis que nos activités professionnelles tournent plein gaz et que les jours raccourcissent !
Alors que l’année est désormais bien lancée et bien organisée, Noël se présente donc avec son florilège de petites traditions qui prennent du temps. Autant dire que pour l’apprécier, il ne faut pas être pressé.

Aussi, le message de l’Avent – veillez !

– peut paraître d’un autre âge pour l’homo modernus :

« Comme si on ronronnait au coin de la cheminée ! Il y a longtemps que nos sociétés se sont affranchies des contraintes naturelles pour étaler le travail au long de l’année sans faiblir. Ma vie est réglée comme du papier à musique », pourrait-on l’entendre ruminer.

Oui mais voilà, cher travailleur, toi qui compares ta vie à de la musique,

tu peux aussi en choisir le genre. Celui de Noël inclue des silences et des points d’orgue, pour mettre en valeur la phrase jouée. Cela apporte un peu de gratuité, et difficile de dire non, même quand on a le sentiment que ce n’est pas le moment ! Car il faut reconnaître que cela relève l’ordinaire.
D’ailleurs, puisque tu me parles de la mécanique bien huilée de ton agenda, souffre que je te fasse cette citation :

« Ne nous bornons donc pas à dire, (…) que la mystique appelle la mécanique.  Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique.  Les origines de cette mécanique sont peut-être plus mystiques qu’on ne le croirait ; elle ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra des services proportionnés à sa puissance, que si
l’humanité qu’elle a courbée encore davantage vers la terre arrive par elle à se redresser, et à regarder le ciel. »

Chap. IV : Remarques finales. Mécanique et mystique, PUF, p. 329-330

Un peu perché sans doute, mais vous aurez reconnu peut-être cette expression célèbre de Bergson, ce « supplément d’âme ».

Voilà une raison d’être de Noël, et voilà peut-être ce que la célébration de la nativité du Christ peut nous apporter de neuf. Car en définitive, il semble que Noël réussi de moins en moins à

enrayer la mécanique nombriliste de notre monde.

Le Christ mis à la marge, comme il l’était dans l’étable de Bethléem, la mystique de Noël semble quelque peu s’essouffler.

En effet, à défaut d’être une mécanique, la mystique chrétienne a ses ressorts qui lui donnent une dynamique inépuisable, à condition de la laisser s’exprimer dans nos vies. Mais encore faut-il reconnaître en avoir besoin. Au fond, la grande question qui divise l’humanité devant le mystère de Noël est de savoir si la vocation humaine est mystique ou non ?

La puissance extraordinaire de Noël lorsqu’il signifie la nativité du Christ est de

rendre la mystique populaire, simple et accessible à tous

et de rendre enfin crédible cette vocation pour tout Homme.
En ce temps d’Avent, notre défi est d’être témoin de cette vocation par notre esprit de veille devant la crèche encore vide, qui prépare notre cœur à adorer celui qui nous élève. Une adoration paradoxale qui a la tendresse du regard penché sur un berceau, et la force combative de celui qui se redresse et envisage le Ciel. Que l’Avent soit un désir crescendo de cette vie tendre et forte que nous offre le Ciel.

Alors Haut les cœurs, car Il vient le Seigneur !

Père Luc de Ravel