Homélie pour la messe de groupe des scouts et guides d’Europe

(Dimanche 23 septembre 2018 – SAINTE CHAPELLE DU CHÂTEAU DE VINCENNES)

Nous sommes heureux d’être ici dans cette Sainte chapelle du château de Vincennes cet après-midi pour une belle messe de rentrée, une messe de montée alors que vous commencez une nouvelle année de scoutisme.

Merci à M. l’administrateur qui nous accueille dans cette chapelle entièrement rénovée.

Merci à Iris et Philippe et à tous ceux et celles qui se sont impliqués pour que nous puissions célébrer la messe ici…, ce qui n’est plus fréquent.

Pourtant, nous sommes bien dans une chapelle et ce qui nous fait « monter », ce qui nous élève, ce ne sont pas seulement ces magnifiques voûtes séculaires, c’est Jésus, son Evangile, ses paroles de vie éternelle.

La particularité de notre foi c’est que les paroles anciennes de l’Evangile nous les croyons éternelles car elles traversent les âges. D’autres que nous les ont entendues ici avant nous. Ces paroles sont actuelles et elles veulent rejoindre le cœur de chacun, notre intérieur, la part de nous-mêmes qui est unique et que l’on appelle notre âme.

Qu’est-ce que nous dit Jésus dans cette superbe page de l’Evangile ?

Il me semble qu’Il nous dit trois paroles qui doivent nous aider tous et chacun pour mener notre vie quotidienne en famille, dans notre vie de jeune, d’adulte, dans notre vie chrétienne comme dans notre engagement dans le scoutisme.

 

Première parole :

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » (Marc 9,31)

Jésus est en chemin avec ses apôtres. Il les enseigne sur la route en dialoguant avec eux comme lorsque nous marchons ensemble au cours d’un camp d’été ou d’un week-end. Vous avez certainement déjà fait cette expérience au cours d’une marche d’échanger des choses importantes de votre vie tout simplement parce que l’on fait des efforts, qu’il fait chaud ou que l’on se fait « rincer » et que c’est un peu long. Mais, on est ensemble et on peut parler vrai, se confier.

Jésus annonce à ses apôtres de manière un peu énigmatique que le « Fils de l’homme » va bientôt être arrêté, qu’Il mourra sur la croix et qu’Il ressuscitera. Les apôtres ne comprennent pas qu’Il parle de Lui ! Mais surtout Jésus dit à son sujet non pas : « Il sera livré », mais « Le Fils de l’homme est livré ». Il parle donc au présent. C’est extrêmement important parce que cela veut dire que la vie de Jésus est une vie donnée aux autres ; toute sa vie depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

Quand j’avais votre âge je ne connaissais pas le scoutisme parce qu’il n’y en avait pas dans ma paroisse. Depuis que je suis prêtre, j’ai découvert que les fondateurs du scoutisme, Baden Powell en particulier et ensuite les chrétiens qui ont implanté dans notre pays le scoutisme (en particulier l’abbé Sevin) ont compris que c’était une excellente école de la vie parce que l’on réalise des projets ensemble au présent, on apprend l’entraide, on vit dans la nature, on s’efforce de respecter les autres et même mieux de les aimer. Et tout cela se résume dans la prière scoute que nous chanterons tout à l’heure :

« Seigneur Jésus apprenez-nous à être généreux, à vous servir comme vous le méritez… »

Ce que nous vivons dans notre groupe en étant heureux d’être ensemble est une école de la vie au quotidien : comme Jésus au quotidien, nous sommes invités à nous livrer, à nous donner à Dieu à travers les autres. C’est pour nous chrétiens notre programme de vie et on peut le commencer dès que l’on est louveteau ou louvette et cela ne nous empêche pas du tout de rire et d’être heureux et de vivre ensemble des moments inoubliables.

 

La deuxième parole de Jésus est celle-ci :

« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (Marc 9,35)

Il y a aujourd’hui -comme autrefois d’ailleurs- des personnes qui ne croient pas en Dieu et qui pensent que les chrétiens n’ont aucune ambition. Il y a des grandes personnes qui pensent que pour être le meilleur il faut écraser les autres. Nous les chrétiens nous croyons que c’est bien d’avoir de l’ambition et Jésus nous le dit : « être premier ». Mais , il ajoute tout de suite que le premier c’est celui qui ne se préoccupe pas d’abord de lui-même en se regardant tout le temps dans la glace et en ne regardant surtout pas les autres ou pire en choisissant précisément ceux que je veux fréquenter. Notre règle que l’on peut vivre dans un camp, dans toutes nos activités et une fois que l’on est rentré du camp c’est que je m’efforce de m’intéresser à tous comme Jésus l’a fait avant moi et même en particulier à ceux auxquels on ne pense pas spontanément. Et puis, dans le camp on ne fait pas des « corvées », mais l’on exécute des services pour que notre communauté se porte bien et que tout marche au mieux. Il y a eu et il y a encore beaucoup d’anciens scouts et d’anciennes guides qui, dans notre société, agissent pour le bien des autres dans un grand sens du service et de l’attention aux plus faibles. On peut faire des B.A. parce que cela nous habitue à être attentifs à ce qui se passe autour de nous et à faire en sorte que tout fonctionne bien. C’est parfois exigeant, c’est vrai, mais c’est aussi comme cela que l’on est heureux quand on ne se préoccupe pas que de soi mais du bien de tous. C’est la voie que Jésus nous a enseignée et telle est notre ambition !

 

La troisième parole ne peut que parler à notre cœur parce que c’est un geste fort que Jésus a accompli au milieu de ses disciples qui étaient de grandes personnes un peu trop imbues d’elles-mêmes :

Prenant alors un enfant, Il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. » (Marc 9,36-37)

Ici, j’aimerais dire un mot aux chefs et cheftaines : vous avez une belle mission dans l’Eglise et dans notre société qui consiste à faire grandir des enfants et des jeunes. C’est une mission d’éducation car le scoutisme est un mouvement éducatif. Eduquer cela ne consiste pas à faire pousser des fleurs en tirant dessus.

Cela consiste d’abord dans le respect des plus jeunes auxquels on va permettre de grandir humainement et chrétiennement.

Cela consiste à avoir le regard de Jésus qui est un regard pur et joyeux sur des personnes en croissance qui ont chacune des qualités, des talents qui vont se révéler progressivement. Notre société s’intéresse aux enfants et aux jeunes auxquels elle a toujours quelque chose à vendre. Dans le scoutisme il ne doit pas en aller ainsi. Il s’agit de permettre aux personnes de grandir ensemble en étant attentif en même temps à la personnalité de chacun. Cela demande de l’attention, de l’écoute et aussi du doigté parce que chacun est unique.

La mission éducative est splendide et elle requiert que l’on se forme, que l’on se risque, mais surtout que l’on aime les personnes qui nous sont confiées. Je sais que c’est votre ambition. Je crois que nous avons besoin de cela aujourd’hui dans notre société et dans notre pays…, dans notre Europe.

Que Jésus soit notre référence, que sa vie donnée soit notre exemple. Prions ensemble pour qu’Il soit vraiment notre guide et notre joie.

Amen.

Père Stéphane AULARD