Édito du 4ème Dimanche de Pâques

« Je suis le bon pasteur »

Aujourd’hui Jésus nous dit: « Je suis le bon pasteur » (Jn 10,11). Commentant cette affirmation, saint Thomas d’Aquin écrit qu’il « est évident que le titre de « pasteur » convient au Christ, car de même qu’un berger conduit le troupeau au pâturage, de même le Christ restaure les fidèles par un aliment spirituel: son corps et son sang ». Tout a commencé avec l’Incarnation, et Jésus l’a fait durant toute sa vie en le parachevant par sa mort rédemptrice et sa résurrection. Après celle-ci, il confia cette charge à Pierre, aux Apôtres et à l’Église jusqu’à la fin des temps.

À travers les pasteurs, le Christ communique sa Parole, distribue sa grâce dans les sacrements et conduit le troupeau vers le Royaume: Il se donne Lui-même comme nourriture dans le sacrement de l’Eucharistie, Il enseigne la Parole de Dieu et son Magistère, il guide avec sollicitude son Peuple. Jésus a obtenu pour son Église des pasteurs selon son cœur, c’est-à-dire des hommes qui, se revêtant de Lui par le sacrement de l’Ordre, donnent leur vie pour ses brebis, dans la charité pastorale, un humble esprit de service, dans la douceur, la patience et la force. Saint Augustin parlait souvent de cette exigeante responsabilité du pasteur: « Cette charge de pasteur me préoccupe (…), mais quand je crains ce que je suis pour vous, le fait d’être parmi vous me console (…). Je suis évêque pour vous, je suis chrétien avec vous ».
Et nous, chrétiens, œuvrons à l’appui de nos pasteurs, prions pour eux, aimons-les. Soyons aussi les pasteurs de nos frères, en les enrichissant de la grâce et de la doctrine que nous avons reçues, en partageant leurs préoccupations et leurs joies, en les aidant de tout notre cœur. Dépensons-nous au profit de tous ceux qui nous entourent dans la famille, la vie sociale et professionnelle, jusqu’à donner notre vie pour tous avec l’esprit même du Christ, qui est venu au monde « non pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28).

Jésus est particulièrement sensible à ces foules qui sont à la recherche d’un vrai guide : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » (Mt 9, 36) Il y a chez tous les hommes, un besoin universel du Bon Pasteur, que saint Clément d’Alexandrie a voulu souligner :
« La nature humaine tout entière a besoin de ses innombrables et divins secours. Sans lui nos péchés demeurent en nous, nous oppriment et nous condamnent ; avec lui nous sommes séparés de la paille et nous devenons le pur froment qui remplit les greniers célestes. Il tient le van dans sa main, et il nettoiera son aire ; il amassera son froment dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteindra point. Voulez-vous comprendre et sentir toute la sagesse avec laquelle le divin pasteur, le Pédagogue tout-puissant, le Verbe paternel, nous instruit et nous dirige, réfléchissez à l’allégorie sous laquelle il se présente à nous, disant de lui-même qu’il est le pasteur des brebis ; c’est-à-dire le Pédagogue des enfants ».
Plus proche de nous culturellement, Victor Hugo a bien senti et exprimé comment Dieu écoute cette nécessité humaine, et se fait Bon Pasteur pour se pencher – aujourd’hui encore – sur nos misères :
« Hé bien ! Il est quelqu’un dans ce monde où nous sommes
Qui tout le jour aussi marche parmi les hommes,
Servant et consolant, à toute heure, en tout lieu,
Un bon pasteur qui suit sa brebis égarée,
Un pèlerin qui va de contrée en contrée.
Ce passant, ce pasteur, ce pèlerin, c’est Dieu ! » Victor Hugo, Les feuilles d’automne (1831), XXXVII La prière pour tous, VI (édition Hauman, p. 171).

 

Père Jean- Marie SORO