Homélie du Mercredi des Cendres – le 17 février 2021

HOMELIE DU MERCREDI DES CENDRES 2021

NOTRE-DAME DE VINCENNES

  1. Frères et sœurs nous entrons en Carême et, dans un instant, nous vivrons le geste qui marque ce jour de pénitence qu’est l’imposition des cendres. En ce temps d’incertitudes du fait de la diffusion du virus qui affecte tant de personnes et d’invitation à la prudence, la congrégation romaine pour la liturgie et la discipline des sacrements nous invite à recevoir quelques cendres sur notre tête et non comme à l’accoutumée sur notre front. Que cela ne nous empêche pas, à travers ce geste, de redécouvrir combien les deux paroles qui peuvent accompagner ce geste gardent toute leur force :

 » Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière  » (cf. Genèse 3,19). Car nous sommes fragiles et pouvons être vite balayés comme poussière apparemment inutile. Et pourtant :
 » Convertissez-vous et croyez à l’Evangile  » (cf. Marc 1,15). D’âge en âge les premiers mots de la prédication de Jésus résonnent car c’est l’être humain dans toutes ses composantes les plus belles comme les plus précaires que le Seigneur ne cesse d’appeler à entrer dans sa gloire. Et le Fils de l’homme, le Seigneur Jésus est bien venu dans le temps et l’histoire des hommes nous rejoindre pour nous relever et nous élever à la vie divine.

2. Dès lors nous comprenons pourquoi le vibrant appel lancé par Saint Paul aux chrétiens de Corinthe demeure toujours actuel :
« Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2 Corinthiens 6,2)
L’Apôtre des Nations s’adressait à de jeunes chrétiens issus du paganisme, batailleurs et indisciplinés. Déjà au sein de la communauté chrétienne s‘étaient ressenties des divisions. C’est pourquoi il les invitait à la réconciliation entre eux en se laissant réconcilier avec Dieu. Chaque année notre paroisse propose une journée sacramentelle du pardon pour manifester cette double dimension de la réconciliation avec Dieu et entre nous. La journée du Pardon aura lieu, nous l’espérons bien, le samedi 13 mars ici Notre Dame de Vincennes toute la journée. Elle sera ouverte à toutes les générations et les prêtres seront à votre disposition pour vivre ce temps de grâce avec vous. Accueillons le temps du carême comme le temps propice aux échanges de qualité entre nous et notamment en famille ou en couple mais aussi dans les autres cercles de relations qui sont les nôtres. Trop de détestations, de règlements de compte, de propos manquant de respect même au sein de la communauté chrétienne se font jour. Vous le savez notre société est malade et pas seulement parce qu’un virus l’atteint mais elle est malade faute de vrais débats, de vraies rencontres empruntes d’agapè, c’est-à-dire d’amour fraternel. Les responsables ne se montrent certes pas toujours responsables ; parfois ils sont contestés dans leur responsabilité. Les initiatives sont parfois soupçonnées de sexisme, de cléricalisme. Nous n’avons pas échappé à Notre Dame de Vincennes à ces querelles intestines. Sachez que je le regrette et j’espère que pendant le carême avec notre équipe d’animation paroissiale nous allons pouvoir de nouveau préparer la tenue d’une assemblée paroissiale de qualité que nous avons déjà dû malheureusement reporter deux fois !

3. J’aimerais vous commenter maintenant les trois attitudes recommandées par Jésus dans le passage de l’évangile selon Saint Matthieu que nous lisons chaque Mercredi des cendres (Matthieu 6,16.16-18). Observons déjà la qualité de la prédication de Jésus qui choisit de s’adresser à chacun de nous : « quand tu fais l’aumône…, quand tu pries… quand tu jeûnes… » Puis, demandons-nous pourquoi nous parle-t-il de l’aumône que nous appellerions plutôt aujourd’hui le partage, le don, mais aussi de la prière et du jeûne. C’est en fait très simple : Jésus s’inscrit dans le courant des rabbis (ce mot a donné le mot « rabbin ») qui enseignent la Torah, la commentent à l’infini. Et cet enseignement s’appuie sur un certain nombre de pratiques spirituelles éprouvées dans le courant des pharisiens. Elles sont au nombre de trois : l’aumône, la prière, le jeûne.

L’aumône (tsedaqah, littéralement la « justice ») est donc une expression de la vie qui pratique la justice de Dieu. Dans une culture où les secours sociaux organisés n’existent pas, il appartient donc à chacun de se mettre au service de son prochain à travers des gestes charitables. Chacun se doit de venir au secours de la veuve et de l’orphelin » (cf. Exode 22,21 ; Zacharie 7,10…). Chacun se doit de couvrir d’un manteau un pauvre hère avant le coucher du soleil (cf. Exode 22,25). Certes des organismes caritatifs depuis des années ont organisé souvent de manière efficace la charité comme attention à l’autre, aux autres qu’ils soient pauvres, malades ou étrangers (c’est pour cette raison que chaque année notre ouverture au développement des peuples a été organisé dans l’Eglise via le CCFD-terre solidaire). Mais, sans doute nous faut-il durant ce carême chacun, chacune, puisque Jésus nous interpelle, vérifier quel est le secours, l’attention tout simplement que nous portons à nos frères et sœurs souffrants, âgés, malades, isolés.

Nous avons attiré votre attention depuis quelque temps sur ce sujet. Je sais que depuis un an nombreux sont ceux qui ont ouvert leurs yeux sur leurs voisins affaiblis ou trop discrets pour leur venir en aide. Mais, nous aimerions vous inviter à faire un pas de plus en étant attentifs à nos voisins croyants qui ne peuvent plus venir à l’église pour que nous ne perdions personne en route. Comment faire ? N’hésitez pas à envoyer un mail, à interpeller l’un des prêtres pour nous signaler telle ou telle personne qui aurait besoin non seulement d’une visite, mais aussi d’un sacrement (onction des malades, confession, communion). Ouvrons nos yeux et tissons de l’agapè !

La prière est essentiellement communautaire dans le judaïsme.

Dans son enseignement Jésus ne l’oublie d’ailleurs pas en donnant à ses disciples une prière en « Nous » : la prière du Notre Père… Ainsi quand nous disons, même seul, cette prière nous sommes reliés à la communauté fraternelle des chrétiens du monde entier, ne l’oublions pas. Pourtant pour la vie de prière comme pour l’aumône d’ailleurs précédemment nous voyons que Jésus nous invite à l’intimité, au cœur à cœur, à l’intériorité face à Dieu qui ne cherche qu’à nous encourager, nous rencontrer, nous visiter. Le carême est véritablement un beau temps annuel pour une retraite spirituelle. Certains pourront peut-être rejoindre une fois ou l’autre un sanctuaire, un lieu monastique par exemple ou vivre une retraite « en ligne ». Cette année dans notre paroisse nous vous proposons comme cela s’était déjà vécu il y a plusieurs années une semaine de prière accompagnée du 14 mars au 20 mars. D’ici peu des témoignages de paroissiens ayant déjà fait cette expérience de prendre un temps de prière personnelle d’au moins 20 minutes chaque jour en étant accompagnés par un membre de l’équipe diocésaine d’animation spirituelle vous seront donnés à la fin des messes paroissiales et dans nos feuilles paroissiales. Je ne peux que vous inciter à vous inscrire à cette semaine de prière qui aura lieu à la paroisse ou bien à distance !

Le jeûne enfin.

C’est pour certains d’entre nous quelque chose d’incompréhensible parce qu’à une époque de votre vie vous avez manqué. D’autres qui sont peut-être ouverts aux questionnements actuels autour du devenir de la planète et des ressources sentent bien qu’une vie plus sobre et économe des « ressources » devient un enjeu important pour sauvegarder notre vie commune. Mais, ici Jésus une fois encore s’adresse à chacun d’entre nous parce que selon la tradition juive le jeûne fait partie de ce que l’on appelle la techouvah, c’est-à-dire le chemin de la conversion comprise comme le retour à Dieu. Nous l’avons d’ailleurs entendu dans le passage de Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur… » (cf. Joël 2,12) Le jeûne dans la Bible accompagne toujours ce retour à Dieu comme il accompagne les moments de pénitence et de deuil. Nous avons du mal dans notre culture à comprendre que la privation librement consentie puisse être un outil spirituel qui nous fera gagner en profondeur, en vérité, en liberté. Nous pouvons sûrement pendant ce temps de carême jeûner au moins partiellement de nos écrans, de nos addictions diverses en transformant ce temps libéré en offrande caritative et en temps offert au Seigneur dans la prière. Tant il est vrai comme dit notre pape que « tout est lié » !
Frères et sœurs, disposons-nous à vivre un carême intime et joyeux, spirituel et solidaire et accompagnons de notre prière nos catéchumènes qui recevront, nous l’espérons de tout cœur, le baptême durant la nuit de Pâques le 3 avril prochain. Amen.

Père Stéphane AULARD