A mi-chemin entre Pâques et la Pentecôte

Si Pentecôte veut dire 50 jours, cette 4e semaine du temps pascal nous place à mi-chemin entre ces 2 grandes fêtes qui sont à la source même de la vie de l’Église.

Mais quel lien dans nos vies entre ces 2 événements ?

Peut-être que vous avez été surpris d’entendre au dimanche après Pâques, consacré à la miséricorde divine, cet évangile de Jean qui raconte que le don de l’Esprit Saint a été donné aux apôtres « huit jours après » et non pas cinquante, comme le disent les trois autres évangiles et comme nous l’avons retenu dans notre calendrier liturgique.

la fête juive de Chavouot

La durée de cinquante jours est hautement symbolique puisqu’il fait coïncider le don de l’Esprit Saint avec la fête juive de Chavouot, qui célèbre la réception par Moïse des tables de la Loi.

« Que la paix soit avec vous »

Cependant, avec l’ Évangile de Jean, le don de l’Esprit Saint correspond des lendemains de Pâques avec ce souhait répété par le Ressuscité : « Que la paix soit avec vous » Le Christ Ressuscité apparaît aux apôtres dans le but de les sortir de leur torpeur et de faire d’eux des témoins de sa Résurrection.

D’ailleurs, dès le jour de Pâques, les femmes venues aux tombeaux sont renvoyées  en témoins vers les disciples. Enfin, il est étonnant de constater dans ce récit de Jean que le don de l’Esprit Saint laisse très vite la place à la scène avec l’apôtre Thomas. Cette scène nous marque parce qu’elle nous rejoint profondément sur la question des preuves de notre foi : question bien contemporaine, combien de personne entendons nous dire « moi, je suis comme Thomas ! ».

Au-delà de la question de l’exactitude historique, cette variation délibérée du quatrième évangile vient apporter une lumière plus pénétrante sur la démarche de foi dans laquelle Jésus a entraîné ses disciples. Si cette scène intervient à ce moment-là, ce n’est certainement pas pour éclipser la Pentecôte, mais pour lui donner un éclairage nouveau, de la même manière que Jean éclaire la Cène en nous racontant le lavement des pieds.

Le don du Saint Esprit peut sembler un mystère un peu éthéré, si bien qu’on ne voit pas comment on pourrait un jour être concerné. Mais ce détour avec Thomas replace notre humanité au cœur du sujet.

L’Esprit Saint

L’Esprit Saint est donné à des apôtres confrontés à la chair souffrante de la Passion, qui ne peuvent faire abstraction de l’homme qu’ils ont côtoyé. Après avoir répondu à la demande de Thomas de toucher ses plaies, Jésus lui dit « ne soit pas incrédules, soit croyant ». N’est-ce pas une autre manière d’insuffler l’Esprit Saint dans le cœur de Thomas ? Pourquoi Jésus lui parle-t-il encore d’être croyant, alors qu’il lui offre de voir et toucher comme tout scientifique en rêverait ? Ce passage nous montre la raison d’être de l’effusion du Saint Esprit : Ce n’est pas de preuves que nous avons besoin pour croire. La plupart des contemporains ont vus des signes éloquents mais ils n’ont pas suivi Jésus. Ils ont défendu mordicus leur point de vue, ou sont restés passifs.

La foi n’est donc pas une connaissance,

mais l’adhésion qui emporte notre volonté profonde. Le Christ, à nous aussi, adresse encore des signes. A propos de la Résurrection, il en est un de plus en plus éloquent, adressé au monde moderne et en particulier à la pensée scientifique.

Le linceul de Turin

Je pense au linceul de Turin. La singularité des traces qui y sont déposés attestent qu’aucune cause naturelle ne peut en être l’origine. Ce linge se laisse examiner, et à travers lui, le corps de Jésus ressuscité se laisse voir et toucher comme avec Thomas. Encore aujourd’hui, le corps du Ressuscité passe devant les yeux des hommes silencieusement, mais l’invitation de Jésus retentit éternellement dans l’Évangile :

 « Ne sois pas incrédules, sois croyant ! ».

Que sur ce chemin entre Pâques et Pentecôte,

notre foi grandisse, la connaissance des événements de la Résurrection laissant place

à l’adhésion du cœur,

et la chair rencontrant l’Esprit.

Père Luc de Ravel Vicaire à ND de St mandé et St Louis de Vincennes

Père Luc de RAVEL